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Bilan d'Art3F 2026, automnale de Paris

Analyse d’un salon d’art contemporain

Bilan d'Art3F 2026, automnale de Paris, Photo d'ambiance du salon Art3F Automnale de Paris 2026 : un artiste Allemand Kunts-Unter-Uss et deux visiteuses sourient devant de grandes toiles expressives et colorées, illustrant l'esprit de rencontre et d'échange du salon. 1er jour !
crédit photo du montage : Dominique Henry pour ISL

Un salon parmi d’autres qui m’a apporté une source infinie de questions,
que je vous livre à la fin de cet article.

Par Dominique Henry, le 6 octobre 2026
crédit photos : DH pour ISL

Mon bilan du salon international d’art contemporain de cette année, Art3F, l’automnale de Paris 2026, qui s’est tenu pour sa 17ème édition, du 18 au 20 janvier, à Paris Expo Porte de Versailles.

Pour cette édition, près de 250 artistes, venus de France et d’ailleurs, étaient présents. La peinture, la sculpture, la photographie (cette dernière étant peu présente dans cette édition). Mais finalement, plusieurs milliers d’œuvres étaient exposées dans un parcours vivant, coloré, parfois touchant et aussi surprenant.

Tous les ingrédients étaient réunis pour voir surgir, au détour d’une allée, un coup de cœur artistique pour qui sait ouvrir les yeux, au moment où l’on s’y attend le moins.

Un charme habituel mis à l’épreuve par une étrange morosité

C’est souvent cela, le charme d’Art3F Paris : on ne vient pas seulement regarder des œuvres accrochées à des cimaises. On vient aussi rencontrer celles et ceux
qui les créent, comprendre une démarche, écouter une histoire, échanger quelques mots, parfois plus.
 

Ces moments-là donnent une saveur particulière à la visite et rappellent que l’art contemporain est aussi, avant tout, une affaire d’émotions partagées. Le salon,
depuis sa création, a toujours constitué un lieu d’échange privilégié entre les artistes et les amateurs ou collectionneurs d’art, permettant de découvrir des œuvres
à des prix abordables.
 

Mais pour cette automnale de Paris, je n’ai pas ressenti ce charme habituel. J’ai plutôt eu l’impression d’une certaine morosité qui se dégageait du salon. 

Un nombre important d’artistes que je voyais à l’occasion des différents salons Art3F de Paris étaient absents. De nouveaux visages étaient certes présents, mais
j’ai eu une première interrogation face à l’absence de ces figures familières des autres éditions.
 

Il y avait quand même foule dans les allées, les visiteurs ayant répondu présents, même si j’avais l’impression d’un nombre moindre. Sentiment renforcé par le fait que
j’ai eu globalement presque toute facilité à prendre des photos, loisir que je n’avais pas les autres années.

Était-ce une simple impression ou la réalité ? N’ayant pas de bilan chiffré de l’organisation, je ne peux pas l’affirmer. J’avoue que moi-même, pour cette édition, j’ai été moins interpellé par un certain nombre d’œuvres exposées dans ma déambulation. Aurais-je été gagné, moi-même, par cette forme de morosité ambiante que je ressentais ? Pour être honnête, c’est la première fois que je ne m’y rends que deux jours sur trois. Avec un manque d’entrain réel, le second jour j’ai fini par le zapper.

Des rencontres qui requinquent : l’éclat de Louise Machon et Frédéric Haro

J’y reviendrai plus en détail dans ma conclusion sous la forme d’une analyse et d’une réflexion. Mais attention, le salon dans son ensemble restait fort intéressant.
J’en ai profité pour passer plus de temps à discuter avec plusieurs exposants, des artistes que je connaissais déjà depuis plusieurs salons, comme beaucoup de nouveaux venus.
 Je ne vais en citer que deux, tout simplement parce que j’adore, pour ces artistes, les œuvres qu’ils exposent et ce travail de création qui m’est si cher.

Par galanterie, je citerai en premier Louise Machon, une adorable artiste que j’ai surnommée depuis un certain temps déjà : la « Magicienne du papier », avec ses origamis tellement travaillés pour un résultat sublime et magique.
 

Cette année, Louise présentait sur le salon ses œuvres encadrées, ce qui m’a dans un premier temps surpris (et comme toujours, difficile de les mettre en valeur sur des photos prises sur son stand ! Grrr !). J’ai l’habitude de les voir à l’état brut, mais pas ainsi, ornées d’un cadre métallique. J’avais l’impression que cela leur retirait un peu de relief, mais finalement ce n’était qu’une impression.
 

En réalité, cela leur donne vraiment le cachet d’une œuvre, d’un tableau de papier finement ciselé comme une sculpture que l’on accrocherait sur un mur.
J’adore ! Bien joué l’artiste !
 

En parlant de tableaux-sculptures, je suis allé passer un petit moment au stand de Frédéric Haro, qui est un spécialiste de cette approche et de cette vision de l’art.
Je l’ai donc retrouvé, comme à son habitude, entouré de ses femmes. Petit clin d’œil de ma part pour son travail toujours impressionnant et fort beau.
 

(Attention, je ne parle pas de son épouse ni de son amie qui étaient présentes dans le stand pour l’aider à répondre aux nombreuses interrogations des visiteurs sur
la maîtrise de son art).
 

Mais comme Frédéric est toujours inspiré par les corps et/ou les silhouettes de femmes, qu’il magnifie merveilleusement, à la perfection, en tenant compte de la technique qu’il utilise, je parle donc de celles qu’il immortalise au cœur de ses œuvres. Il arrive toujours à me surprendre par une créativité sans cesse renouvelée, d’année en année, avec de merveilleux résultats.

(PS : Je pense que Frédéric Haro et Louise Machon ont ce même don de sans cesse renouveler et faire évoluer leur art respectif, avec des résultats qui sont toujours admirables et fascinants pour moi, mais visiblement je ne suis pas le seul à penser cela).
 

J’avoue que ces deux visites et ces rencontres m’ont requinqué pour poursuivre plus en avant mon exploration du salon, découvrir de nouveaux artistes, et passer deux jours agréables dans ce monde des arts que j’apprécie vraiment.  

Vers un « consensus esthétique » ? Les interrogations d’un observateur

Pour conclure ces journées, je ferais un bilan très différent de ceux que j’ai l’habitude de faire à la sortie d’un salon, avec une interrogation sur les tendances et sur la direction que prend ce monde de l’art.  
(Nb : J’ai mis deux semaines à cogiter sur ce que j’allais retranscrire de mes impressions, aussi bien sur ce salon art3f que sur les autres salons et expositions que j’ai
eu l’occasion de visiter ces derniers mois.
)
 

En filigrane, ce que j’ai ressenti à Art3F 2026, et plus largement au fil de ces douze derniers mois, tient peut-être en une interrogation : assistons-nous à la victoire progressive d’un certain consensus esthétique ?
 

La figuration dite « augmentée », l’omniprésence de l’animalier, la virtuosité technique, mais aussi le recours à des univers oniriques, poétiques ou fantastiques, semblent aujourd’hui converger vers des œuvres immédiatement lisibles, séduisantes, rassurantes parfois, et donc plus aisément exposables, partageables et transmissibles. 

Sans rien retirer à leur qualité, ni au talent réel de nombreux artistes, cette évolution pose néanmoins question : l’œuvre contemporaine cherche-t-elle encore à déplacer le regard, à troubler, à ouvrir une faille, ou tend-elle davantage à susciter une adhésion rapide, presque instinctive ? 

L’abstraction, de son côté, notamment lorsqu’elle s’inscrit dans une recherche expressionniste, chromatique ou formelle, n’a évidemment pas disparu. Elle demeure présente, parfois exigeante, parfois déroutante, laissant au spectateur la liberté, ou la difficulté, de construire lui-même son propre chemin intérieur. 

Mais pour un certain nombre d’œuvres abstraites, et comme nous l’évoquions avec une journaliste de la télévision française présente sur le salon, cette liberté peut
aussi devenir opacité : l’abstraction semble alors si poussée qu’il devient difficile d’en suivre les méandres, ou même de percevoir l’intention première de l’artiste.

Saturation du marché : le spectre des années 90 de la haute couture

Il y a peut-être là la recherche d’un nouveau sentiment esthétique, propre à notre époque : un art partagé entre le besoin d’apaisement, dans un monde traversé par les tensions géopolitiques, les incertitudes économiques et les crispations politiques, et la tentation d’un marché qui valorise ce qui se comprend vite, se regarde bien, se diffuse facilement. 

Ma conclusion, que je formulerais volontairement sous la forme d’une interrogation ouverte, serait donc la suivante : ne sommes-nous pas, dans le domaine de l’art pictural d’abord, puis dans celui de la photographie et, dans une moindre mesure peut-être, de la sculpture, face à un phénomène comparable à celui qu’a connu le monde de la haute couture et de la création dans les années 1990-2000 ? 

À cette époque, un profond bouleversement s’était opéré : trop de créateurs, en France comme à l’étranger, se trouvaient confrontés à un nombre limité d’acheteurs réels. Le déséquilibre entre l’offre et la demande avait fini par provoquer une recomposition du marché, au prix de nombreuses disparitions.
 

Peut-on envisager que le monde de l’art contemporain traverse aujourd’hui une tension similaire ? La profusion d’artistes, de salons, d’images et de propositions visuelles ne crée-t-elle pas une forme de saturation, où la visibilité devient aussi déterminante que la singularité du geste ?
Dans ce contexte, les œuvres les plus immédiatement accessibles ne bénéficient-elles pas d’un avantage naturel, précisément parce qu’elles répondent mieux aux attentes d’un public, de collectionneurs ou de diffuseurs en quête de lisibilité ?

Conclusion : L’art doit-il encore déranger

Ce ne sont, bien sûr, que des hypothèses. Elles ne prétendent ni condamner une tendance, ni hiérarchiser les formes d’expression. Elles invitent simplement à réfléchir. 

Car si l’art peut interpeller, séduire ou émerveiller, il conserve aussi cette fonction essentielle : interroger son époque, parfois la refléter, parfois la déranger, et nous rappeler que la création véritable ne se réduit jamais tout à fait aux seules lois de l’offre, de la demande ou du consensus.

art3f 2026, automnale de Paris

 

Dates : Elles étaient du vendredi 18 au dimanche 20 septembre 2026  

Lieu : Paris Expo – Pavillon 5.1 – Porte de Versailles  
Adresse : 1 Place de la Porte de Versailles, 75015 Paris  
Horaires : vendredi de 13h à 19h, samedi de 10h à 19h, dimanche de 10h à 19h  
Tarif : 10 euros pour les adultes ; gratuit pour les mineurs accompagnés