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L'Odyssée de Christopher Nolan. Critique

Un naufrage épique et poétique

Par Marie-Catherine, le 14 août 2027

NDR : Avertissement ! Avant de lire cette critique de L’Odyssée de Christopher Nolan sachez que notre Rédacteur en Chef a personnellement testé son endurance face à ce film… avant de quitter la salle au bout d’une heure trente sur troisM.C.D, elle, a tenu bon. Voici son verdict. 

Que pouvait bien avoir en tête Christopher Nolan pour s’attaquer à l’Odyssée d’Homère ? Riche récit poétique et onirique de la culture occidentale, ce texte originel a été transformé par le réalisateur anglais en un simple récit d’aventures, à la fois prétentieux et terminal.
Devant L’Odyssée, on se demande à plusieurs reprises pourquoi ce cinéaste tout-puissant tenait à ce point à mettre Homère en images.

Le syndrome Nolan : réécrire Homère à sa sauce

Il lui aurait peut-être fallu, ainsi qu’à toute son équipe, en faire d’abord la lecture de l’Odyssée d’Ulisse… ou tout simplement en comprendre l’âme. 

La réponse se trouve possiblement à la fin du film, dans un twist banal mettant à bas l’une des composantes importantes de l’épopée : pas de divinité ici à l’œuvre. L’homme est renvoyé à sa condition solitaire et à la bassesse de ses actions.

Nolan prend d’énormes libertés avec le texte, retrace les grandes étapes dans le désordre et évacue les conflits divins.  

Peut-être que dans son esprit nolanien, il surpassait tous les Dieux et se prend pour le seul Dieu des Dieux ? Même pas en rêve, Sieur Nolan.

Où sont passés les monstres et la poésie d'Homère ?

Dans cette volonté de « normaliser » le poème à notre époque, Nolan louvoie beaucoup avec l’épopée. Tout est survolé. Pire encore : c’est Ulysse lui-même qui raconte sa propre histoire. Ça enlève le charme de l’œuvre initiale pour en faire la version la plus dénuée d’épique, sacrifiant l’onirisme et la poésie sur l’autel d’un pseudo-réalisme
de mauvais goût.
 

Surtout, où sont passées les aventures réelles d’Ulysse ? Où sont les sirènes, les géants, les cyclopes, les nymphes et les sorcières du récit originel ?

Devant un texte aussi pétri d’imaginaire, le cinéma pouvait opter pour une atmosphère de rêve, ou pour la frénésie spectaculaire du film d’aventures.
 
 

Nolan, lui, choisit de faire les choses à moitié : il tourne le dos à l’épique tout en cochant mécaniquement des étapes fondamentales de l’oeuvre (dans le désordre !)
Mais en mélangeant aussi l’Illiade dans son scénario. C’est dans celle-ci que la guerre de Troie a eu lieu.

 

Le poème, l’Illiade, a pour cadre le siège de cette cité par les Grecs. Cependant, l’œuvre ne raconte pas toute la guerre. Elle se concentre sur quelques semaines de la dixième et dernière année du conflit.

Le cheval de bois rempli de chefs achéens, laissé aux portes de la ville et introduit par les Troyens eux-mêmes à l’intérieur est évoqué très rapidement dans l’Odyssée.

C’est surtout Virgile, dans son Énéide, qui décrit les derniers moments de Troie : l’immense cheval abandonné sur le rivage par les Achéens qui ont levé l’ancre,
mais qui se cachent en fait dans l’île voisine.

L’Odyssée raconte, alors que la guerre est terminée, le retour d’Ulisse vers sa patrie ; l’île d’Ithaque et toutes les épreuves qu’il devra surmonter pour y parvenir. 
 
Finalement, Nolan fait du Nolan : Se saisir comme prétexte de l’Odyssée d’Homère pour en faire un péplum à sa sauce, sans liant.
Bilan : de belles images mais c’est tout ! 

Une mise en scène entre lourdeur et anachronismes

C’est lors des rares occasions où la mise en scène repose sur des effets numériques que le film intéresse, rompant brièvement avec la monotonie ambiante.  

Le plus souvent, Nolan s’en remet à des visions sans relief (les Enfers) ou à des jeux de flous pour remplacer l’imaginaire d’Homère par le sien, avec un talent tout relatif. 

Le manque criant de fantaisie est d’autant plus pénible que cette Odyssée évacue la part joyeuse du poème au profit d’une direction artistique très standardisée, voire médiocre par instant.  

Pour gravir des sommets il faut en avoir les capacités.

Pourquoi diable Nolan a-t-il tenté de gravir l’Everest du récit épique s’il a aussi peu d’idées en réserve ? 

Esthétiquement, cela tient la route, mais il n’y a aucune dimension poétique, ni mystique, encore moins la musicalité que portait l’œuvre pour les Grecs. Il n’y a aucun respect de l’auteur original.
 
 

La psychologie d’Ulysse est évoquée lourdement, sans jamais nous faire entrer dans sa tête, ce qui est pourtant le but de l’œuvre : un récit de voyage à la fois terrestre et spirituel.
 

(Nb : Dans les épopées d’Homère, le héraut – kêrux en grec ancien – occupe une place centrale et sacrée. Bien plus qu’un simple messager, il est un officier public indispensable, protégé par les dieux.) 

Le verdict : à qui s'adresse ce film ?

L’Odyssée de Nolan est un échec cuisant. C’est un prétexte à une juxtaposition d’anachronismes, de longs bavardages scénaristiques et d’une réalisation lourde
(Inspiré de Dune, qui a au moins le mérite de la cohérence et de plus de poésie). Un vrai film de parvenu, pétri d’orgueil et de suffisance, dépensant un budget faramineux pour montrer sa puissance, sans avoir rien à dire… sinon à ne montrer que de belles images

Alors, faut-il le voir ?

Pour les inconditionnels de Nolan : Cela ne se discute même pas. De toute façon, à la sortie de la séance, ils crieront presque tous au génie (expérience vécue !).
 

Pour les amateurs des épopées d’Homère : Vous allez grincer des dents. On peut moderniser une histoire, mais en respectant un minimum l’essence de l’œuvre originelle.
 

Pour les autres : Ceux qui ne connaissent pas l’Odyssée, ou ceux qui viennent surtout pour le spectacle d’un IMAX 70 mm et se sont laissé attirer par le chant des sirènes du marketing (les sirènes de cette catégorie sont d’ailleurs plus efficaces que celles du film…).
 

À vous de choisir dans quelle catégorie vous vous situez. Moi, j’ai déjà choisi.

PS : Mon estocade finale

Pour ceux qui auront pris le temps de lire l’intégralité de ma critique êtes-vous en accord avec celle-ci ?… Ou la trouvez-vous trop sévère ?  
Ceux qui auront crié au géni à la sortie de la séance se seront volatilisés bien avant la fin de mon 1er paragraphe !
 
 

Franchement, si vous cherchez une leçon de cinéma prétentieuse de 3 heures rien que pour de belles images, foncez. Moi, à la sortie, j’ai foncé relire Homère.
C’est plus court, c’est plus beau, et au moins, Ulysse il rentre chez lui. Nolan, lui, il s’est perdu en route. Et nous avec.
 

Marie-Catherine, pour infospectaclesloisirs.com 
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L’odyssée : la distribution

Réalisation : Christopher Nolan

Casting : Matt Damon (Ulysse), Tom Holland (Télémaque), Anne Hathaway (Pénélope), Robert Pattinson (Antinoos), Lupita Nyong’o (Hélène de Troie / Clytemnestre), Zendaya (Athéna), Charlize Theron (Calypso), Mia Goth (Mélantho), Jon Bernthal (Ménélas), Bill Irwin (Polyphème), Benny Safdie (Agamemnon), John Leguizamo (Eumée)

Distribution technique : Christopher Nolan (scénario), Ludwig Goransson (musique), Hoyte VanHoytema (direction artistique)

Christopher Nolan a écrit et réalisé L’Odyssée. Précédemment, Christopher Nolan a aussi réalisé Oppenheimer en 2023, Tenet en 2020, Dunkerque en 2017 et Interstellar en 2014.

La musique a été composée par Ludwig Goransson, qui avait composé auparavant la bande son des films Sinners en 2025, Oppenheimer en 2023

Nationalité : Etats-Unis
Langue de tournage : Anglais
Durée : 2h52
Année de production : 2026
Date de sortie en France : 15 juillet 2026
Distributeur : Universal Pictures International France