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MaMA, les conventions 2026, notre analyse

IA, streaming et réseaux sociaux au cœur des conventions 

Deux jeunes femmes absorbées par leurs smartphones sous un éclairage dramatique style peinture du XIXe siècle, attendant le début d'une convention, illustrant l'emprise des algorithmes, un des thèmes majeurs des conventions MaMA 2026, notre avis
Deux jeunes femmes et leurs smartphones, traitement style peinture du 19e pour le contraste,
illustrant l'emprise des algorithmes, justement un thème de convention. Photo © DH pour ISL

Par Dominique Henry, le 25 octobre 2026

Lors de la 17ᵉ édition du MaMA Music & Convention 2026, l’espace MaMA Invent, situé au Trianon, s’est imposé comme le véritable cerveau pensant de l’industrie musicale. Face à la montée en puissance de l’intelligence artificielle générative et aux mutations profondes du streaming, les échanges ont dessiné les contours d’une filière en transition rapide. Experts de la Sacem, de l’Adami, de Deezer et avocats spécialisés se sont succédé pour dresser une analyse et un constat lucide : le métier
de la musique ne se réinvente pas seulement sur scène, il se réinvente aussi dans les algorithmes.

Intelligence Artificielle : Entre massification et régulation

Le premier éléphant dans la pièce, c’est l’IA. Les chiffres partagés lors des panels donnent le vertige : les plateformes, Deezer en tête, estiment qu’entre 30 % et 44 % des morceaux téléversés quotidiennement sont désormais partiellement ou totalement issus d’outils d’intelligence artificielle. 
 

Face à cette massification inédite, l’enjeu majeur réside dans la capacité des distributeurs à filtrer ces contenus avant publication pour éviter la saturation des catalogues et la dilution des écoutes. Mais au-delà de la technique, c’est le volet juridique qui inquiète.

Les discussions ont insisté sur l’urgence de sécuriser les contrats des artistes-interprètes face au clonage vocal et à l’entraînement des modèles d’IA sans consentement ni rémunération. 

Heureusement, le consensus n’est pas à la panique. Les panels s’accordent à dire que l’IA doit être appréhendée de manière pragmatique :
comme un copilote et un levier d’efficacité, et non comme un substitut à la souveraineté humaine et à la création artistique.

Le paradoxe des réseaux sociaux : Tremplin ou piège ?

Si l’IA bouleverse la production, les réseaux sociaux (TikTok, Instagram) ont, eux, définitivement pris le pouvoir sur la découverte. La conférence « Instagram, TikTok, nouveaux dénicheurs de talents » a décortiqué une mécanique complexe, révélant un paradoxe majeur pour les artistes émergents. 
 

D’un côté, le mécanisme est vertueux. Lorsqu’un extrait devient viral, il agit comme un « signal extérieur ». Les algorithmes de Spotify ou Apple Music traquent ce trafic entrant et récompensent le titre en l’injectant dans leurs propres circuits de recommandation. 
C’est l’effet de ruissellement cross-plateforme qui remplace aujourd’hui la promotion radio traditionnelle.  

Mais l’envers du décor est beaucoup plus sombre. Pour plaire à l’algorithme, les morceaux sont désormais pensés pour être immédiatement percutants : c’est la dictature du « hook » de 15 secondes. Les introductions disparaissent, les structures sont parfois sacrifiées.

Pire encore, le jeune artiste est contraint de devenir un « créateur de contenu » permanent, au détriment de son temps d’écriture et de répétition.
Le résultat ? Une dilution de l’identité. Le public consomme un « mème » ou une tendance éphémère, mais ne développe aucun attachement réel envers l’artiste et son répertoire.  

Le rôle irremplaçable de la presse : entre résilience et poids administratif

Là où les algorithmes s’emballent et s’essoufflent dans l’instantanéité, la presse musicale, qu’elle soit historique ou indépendante, s’inscrit dans la durée. Elle trace plus des carrières dans la résilience et l’espace-temps.  
 
Mais au-delà du constat, il y a une réalité concrète que les conférences n’ont pas assez soulignée, à notre avis : le poids administratif.  
Pour monter un dossier d’aides, de subventions ou de résidences (CNM, régions, SACEM…), un article dans un média structuré a une valeur probante et une légitimité qu’un buzz éphémère sur TikTok n’aura pas ou tout au moins, pour le moment.  

C’est ici que des titres comme Rock & Folk, Les Inrockuptibles ou Abcdr du son rappellent leur utilité vitale : si les plateformes se posent en nouveaux gatekeepers, elles ne font bien souvent que divertir. Elles ne remplacent pas le travail de fond, d’analyse et de curation humaine.  
 
Un algorithme peut propulser un « mème » en 24 heures, mais c’est le regard des journalistes, des médias plus spécialisés et des magazines indépendants qui peuvent encore transformer ce buzz en carrière plus durable, et qui donne à l’artiste des clés pour exister institutionnellement.

(Notre webzine ISL, à notre humble portée encore à ce jour, mais croissante, avec sa ligne éditoriale dédiée aux scènes émergentes met en avant des festivals comme… (depuis 2018 !) MaMA Music & Convention, qui lui propulse des artistes, chaque année en les mettant sur le devant de la scène, au sens propre comme au figuré.) 

Dans un océan de contenus volatils, la recommandation humaine reste encore, pour le moment, un véritable phare, à la fois pour le public et pour la profession. 

La solution : La souveraineté des communautés et les "Superfans"

Face à la baisse de rentabilité des streams génériques, le mot d’ordre du MaMA 2026 est clair : la souveraineté de la communauté.  

L’enjeu pour un artiste émergent n’est plus de chercher le buzz mondial, mais d’utiliser la découverte algorithmique uniquement comme une première porte d’entrée.
La stratégie gagnante consiste à basculer immédiatement ces auditeurs volatiles vers des espaces plus intimes et maîtrisés : newsletters, chaînes de diffusion, contenus exclusifs ou concerts physiques. L’objectif ultime ? Transformer le spectateur d’un jour en « Superfan » durable, capable de soutenir l’artiste sur le long terme, bien au-delà des caprices des algorithmes.

Conclusion : Une industrie en quête de sens ?

Ces trois jours de conventions de cette 17ème édition du MaMA, ont prouvé que si les outils changent à une vitesse vertigineuse, le cœur du métier reste intact.
La musique a toujours besoin d’humain, d’émotion et de lien. Les défis de l’IA et des réseaux sociaux ne sont pas des fins en soi, mais des étapes que l’industrie musicale, avec sa résilience légendaire, saura apprivoiser pour mieux servir la création.

La 18ᵉ édition est d’ores et déjà annoncée pour les 13, 14 et 15 octobre 2027 à Paris … D’ici là, un certain nombre de questions auront peu-être déjà eu des réponses.

Crédit Photos :
Lilian Ginet et Thomas Saminada, pour MaMA-Dossier de Presse.
Dominique Henry, pour Infos Spectacles & Loisirs